Pour vos années de vieillesse, vous rêvez sans doute d'une paisible retraite où vous pourrez égrener chaque jour, à loisir, le doux fruit de vos récoltes et oisives heures passées auprès de l'âtre. D'autres cependant, se découvrent des âmes de grands aventuriers et optent pour le risque et les grands espaces...
Henri et Alice CHIREIX sont des habitués du raid. Cette année, pour la 4e fois, ils étaient présents sur la ligne de départ. Après leur petit fils, c'est maintenant au tour de leur petite-fille Natacha de sillonner avec eux les paysages de Suède, de Finlande et de Norvège. «Mon dernier petit-fils a un an et demi, je voudrais bien l'amener sur le raid, une année ou l'autre.» Rien n'effraie Henri Chireix, ni les milliers de kilomètres à parcourir, ni les nuits à la dure. Il en a vu d'autres. Pour ce retraité de 72 ans, le raid, c'est l'aventure d'une vie qui se poursuit. «Après le maquis, le redémarrage à zéro de l'après-guerre, l'aventure continue». Pendant l'année, Henri cuItive seul sa cerisaie de plus de 400 arbres, à Bessenay. A force d'escalades et de grimpettes, il prolonge son mouvement ascendant l'été pour le Cap Nord. Sa femme fait mine de protester lorsqu'il émet le souhait de repartir pour une nouvelle édition. Mais, depuis 48 ans qu'ils vivent ensemble, ils ne sont pas à 12 000 km près, Alice suit son mari volontiers, une fois encore; « le Raid, c'est un truc bien, c'est sain comme voyage, comme groupe. Philippe (l'organisateur) a besoin d'être encouragé car il fait tout pour faire découvrir des choses saines» affirme-t-elle.
Pour rien au monde, Henri ne céderait sa place de conducteur pour un voyage organisé ou tout simulacre d'aventure, «la dernière fois qu'on s'est fait conduire, c'était en Floride, on l'a regretté toute notre vie». De toute façon, M. et Mme Chireix n'aiment pas les voyages organisés. «Si c'est pour discuter entre pépés et mémés, c'est pas la peine !»
Nul doute qu'ils ne leur ressemblent guère à ces papys du troisième âge !
Qui l'eut cru ?
Pour Régis LANOIX, architecte, et Jean-Marc AUDRA, négociateur automobiles, le raid est avant tout un défi mécanique. C'est au volant d'une Fiat 500 (la plus petite voiture au monde), qu'ils vont parcourir les 13000 km du parcours. Raz-bitume, l'appelation de leur véhicule, rebaptisé Scratch-Bitume après un léger accrochage fait un véritable pied de nez aux idées reçues. Afin de briser les clichés des voitures dites adaptées aux circonstances et de vanter les capacités de ce véhicule en voie de disparition, Jean-Marc, 25 ans, Président du Club Fiat 500 Rhône-Alpes n'a pas hésité à prendre la route. «De Paris au Cap Nord et du Cap Nord à Paris, c'est promis, elle ira jusqu'au bout, on ne rattera aucune étape» affirme-t-il avec un soupçon de fierté. N'en déplaise aux adhérents du Club qui n'accordent guère à son véhicule que 20 km consécutifs.Mais pour se risquer dans cette aventure, ils ont travaillé dur. Six mois de préparation auront eu raison de l'ancienneté du véhicule ; refaire sa carrosserie, changer le moteur et aménager une malle extérieure. Cette miniature de voiture, datant de 1961 atteint désormais les 110-115km/h. De quoi faire pâlir les amoureux de vieilleries. «Elle a un comportement sur piste très amusant. Ca chasse en permanence mais ça se rattrape très rapidement.» A Stockholm, ils ont eu l'heureuse surprise d'être interpellés par un collectionneur de Fiat 500, qui leur a vendu des pneus à très bon prix. Ils la dorlotent amoureusement. Il faut dire que ce véhicule aura fait le tour des projecteurs, elle et les deux jeunes hommes de belle constitution qu'elle abrite, en mascotte du raid aux côtés de la traction et des quelques 2CV. En attendant, bien plus que les difficultés de la route, c'est surtout le concours photo qui leur donne du souci !
Production 58 : Portrait de famille
Bien malin qui pourrait dresser le portrait d'un raideur-type, du moins pour le PARIS-CAP NORD. Les équipages se suivent mais ne se ressemblent guère. L'équipage n°58 (Didier ESTIOT, sa femme et ses quatre enfants) compte parmi les quelques pertes rares du 6ème Raid. Ce barman de L'Européen, (grande brasserie parisienne) et sa famille au grand complet attendaient avec impatience l'échéance du mois d'août. Leur rêve est enfin devenu réalité mais... avec quelques bémols.
«Ca fait bizarre de se retrouver là où on rêvait d'être depuis longtemps» s'exclame Benoît, 11 ans, les yeux pétillants de ravissement et de curiosité. Il faut dire qu'il a eu tout le loisir d'y rêver à ce mois d'aventure. Depuis plus d'un an, toute la famille s'y prépare avec acharnement : cours de gymnastique pour les enfants, courses d'orientation dans le Vercors et dans les Pyrénées... L'enthousiasme et l'amour des voyages du père auront eu raison de la tendance plutôt casanière de la famille. Didier et Joëlle , Benoît 11 ans, Emeline 9 ans, Morgan 5 ans, et Nicolas 3 ans sont sans doute l'un des équipages les plus apprêtés de tous. L'aménagement de son camion est le fruit de longues semaines de bricolage. Couchettes pour 6 personnes, casiers pour la nourriture, mousse isotherme aux fenêtres... ils n'ont rien oublié. Mais la préparation du raid s'est surtout faite autour de la recherche de sponsors. Son budget prévisionnel s'élevait environ à 250000F, tous frais compris. C'est généralement auprès de ses propres clients que Didier a su trouver le financement du voyage. Ses ambitions et son talent de persuasion auront vite fait de lui la vedette de l'Européen, bien qu'à la base, son projet de raid en famille n'ait pas bonne presse dans son entourage professionnel.
Pour l'heure, le Raid est bien la grande aventure dont ils rêvaient mais avec son lot de bonnes et, parfois, de mauvaises surprises. La vie de famille dans un espace au plus réduit n'est pas toujours chose facile, surtout quand on y ajoute fatigue et kilomètres du parcours. Après l'arrivée en bonne et dûe forme au Cap Nord le 12 Août, l'équipage 58 a ainsi choisi l'option «détente» pour la 3e semaine de raid : 5 jours d'indépendance sans points de contrôle ni étape obligatoire. Ils s'étaient déjà démarqués (avec l'équipage 35) par leur détour à la frontière russe, depuis Juuma en Finlande. Un crochet qui leur avait d'ailleurs valu quelques pépites d'or, ramassées en cachette à proximité de la frontière. Refoulés par les gardes-frontières russes, ils y trouvèrent une sympathique compensation...
C'est un raid quelque peu à la carte que s'offre la Production 58. Qu'importe, c'est tout aussi passionnant. «Je veux faire le tour du monde en voiture» affirme Didier. Les quelque 13 000 km du raid sont un bon début !
British
Ils sont discrets et ils aiment ça. Pas de rafting, pas de ski ni d'ascension périlleuse sur le Galdhopiggen, encore moins de problèmes mécaniques. L'équipage anglais n°11, originaire de l'est londonien ne fait rien pour se faire remarquer, pourtant, il ne passe pas inaperçu ! Unique sous bien des abords...
«Nous avons essayé d'agir comme des stéréotypes» affirme Paul Brooks, ingénieur mécanicien, stéréotype de ce qui existe de plus anglais bien sûr. Au volant de leur Morris Minor 1000 datant de 1958, ils sont l'unique équipage étranger, aux côtés des charmantes finlandaises, de Evio le brésilien et de quelques belges. D'ailleurs, Paul et Martin songent à en faire leur thème de reportage : «En vacances avec 200 français». «Est-ce des français moyens» me demande-t-il ? On leur retournerait bien la question pour leurs origines britanniques. Leur veste fourrée de paysans, leur casquette moletonnée vieille de quelques décennies, introuvable dans le commerce (Martin les collectionne)... tout semble parfaitement assorti au véhicule et à son ancienneté. Des vielleries de grandes valeurs ; la voiture notamment a parcouru quelque 10 000 km sans que l'ombre d'un problème mécanique ne les effleure. Certes, elle est entre les mains de spécialistes et a été totalement remise à neuf. Pendant 11 mois, après avoir lu un article sur le raid dans un magazine anglais, Paul et Martin ont travaillé d'arrache-pied, investissant près de 20000F dans leur véhicule. Sur ce point, le raid ne les aura pas surpris. En revanche, ils s'attendaient à rivaliser avec d'autres équipages anglais, être les seuls représentants de leur pays aura été une vraie surprise. Mais chacun y va de sa petite phrase en anglais pour leur témoigner leur sympathie et rompre un éventuel isolement. Jusqu'à présent le seul désagrément de la langue, c'est d'avoir manqué deux pistes conseillées par le road-book immédiatement après le Cap Nord. Ces pistes dont leur voiture raffole tant ! Mais cela ne les aura pas empêché de voir un élan, privilège réservé à deux équipages cette année. «Cet énorme et vilain gros cheval», comme ils l'ont si joliment qualifié, Paul et Martin ne l'ont même pas photographié, «elle avait l'air très fâchée et peu commode»... Décidément, notre équipage anglais est bel et bien unique.